jeudi 27 janvier 2011

Débat: La neutralité onusienne dans les cadres des missions de paix peut-elle être comparée à la neutralité du CICR?

Nous avons vu au cours que les missions de paix de type peacekeeping et peacemaking répondaient à des principes cardinaux dont l´un d´entre eux est le principe de neutralité et d´impartialité. Ce principe est mis en avant comme étant "l´oxygène du maintien de la paix" (S. Tharoor).

Maintenant, je propose de faire un parallèle avec le principe de neutralité de la Croix-Rouge (CICR) que vous trouverez dans la doctrine de l´organisation (Disponible à ce lien: http://www.icrc.org/Web/fre/sitefre0.nsf/htmlall/review-874-p339/$File/irrc-874-mission-work-fre.pdf ).

Est-ce la même chose ou bien voyez-vous des perspectives différentes?



Par la suite, est-ce que cette neutralité et cette impartialité doit toujours être respectée?

Pour cette question, je pose deux exemples concrets:
- Le cas de la Croix-Rouge durant la deuxième guerre mondiale a eu connaissance des camps de concentration et de la politique génocidaire de l´Allemagne nazie. Cependant, sa politique de neutralité et d´impartialité ne lui a pas permis de dénoncer avec force cet état de fait.
- Le second cas est l´impuissance de l´ONU face au massacre de Srebrennica où faute de mandat clair, les casques bleus durent laisser l´armée serbe commencer son nettoyage ethnique.

Face à ces cas de figure, la neutralité doit-elle toujours jouer au regard des missions de ces organisations?

6 commentaires:

  1. Il est d'abord nécessaire de constater une différence fondamentale entre les missions de paix de l'ONU et les interventions du CICR; Les résolutions du conseil de sécurité par rapport à l'institution d'une mission de peacekeeping ou de peacemaking découlent essentiellement des intérêts économiques et sécuritaires des États. Bien que l'action sur le terrain se dit «impartiale», il y a lieu de se questionner, par exemple, sur la mission de surveillance de l'ONUST, qui n'empêche aucunement la poursuite des conflits armés et la poursuite de la colonisation. Il est notoire que le principal bailleur de fonds d'Israel est les Etats-Unis. Une mission exclusivement de surveillance sert-elle donc ses intérêts? Si tel n'auvait pas été le cas, cette mission, dont le conflit initial perdure depuis plus de 60 ans, aurait-elle reçu un mandat plus «agressif», par exemple de peace enforcement? Cette analyse peut très bien être reprise pour tous les autres missions de l'ONU. Dans le cas du CICR, sa capacité d'intervention repose uniquement sur sa crédibilité auprès des États, qui se traduit par une connaissance et une prévisibilité de ses pratiques. Il ne se mêle aucunement des questions politiques. C'est en outre ce qui lui permet une complète autonomie sur le terrain. L'organisme est en basée sur le respect du droit international public et humanitaire, et le respect du principe de neutralité lui permet de conserver la confiance de tous, ce qui est essentiel à la réception de mandats des États, et lui permet de conserver toutes ses possibilités de contacts et d'accès aux personnes dans le besoin. En ce sens, le CICR a établi des critères d'intervention et de priorités clairs, ce qui contribuent à accroitre sa légitimité aux yeux des dirigeants.

    pour cette raison, il est vital pour le CICR de respecter coûte que coûte ce principe suprême. Le CICR n'aurait pu dénoncer les camps de concentration nazis car le principe de neutralité «n'est pas une neutralité face à l'inhumanité, mais bien face aux autres controverses qui divisent les
    peuples.» Se mêler de politique en condamnant les pratiques nazis signifie dès lors prendre position dans le conflit, entachant la réputation de l'organisme en prenant le risque d'être refusé sur le théâtre d'un prochain conflit.
    Quant à l'ONU, je crois que cet organisation devrait parfois faire preuve de plus d'ingérence, particulièrement dans les cas de conflits intraétatiques et de nettoyage ethnique. Bien que cette affirmation soit contraire au principe de souveraineté westphalien, sur lequel est fondé l'entièreté de la charte des Nations Unies, je crois qu'il est nécessaire de refréner les pulsions maniaques et sanguinaires de dirigeants fanatiques. Il faudrait toutefois des balises claires établissant, par exemple, une définition stricte et indérogeable de l'attribution des termes génocide, nettoyage ethnique, ainsi qu'un plan d'action aux limites bien définies afin d'éviter une ingérence trop profonde dans les affaires de l'État.

    L'ONU a été trop souvent le témoin impuissant de violences, au Rwanda, au Congo, au Darfour, pour ne nommer que ceux-là. Il est temps que ses politiques de neutralité se modernisent afin d'être en mesure de répondre aux nouveaux conflits asymétriques des 20 dernières années. Toutefois, le CICR ne doit aucunement modifier ses principes d'intervention car cela peut être déterminant pour ses interventions futures et pour sa légitimité même. Autrement dit, mieux vaut ne pas intervenir sur le site X, que de ne plus jamais intervenir.

    http://www.un.org/fr/peacekeeping/missions/onust/onustM.htm

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  2. Je suis parfaitement d'accord avec l'idée que le CICR continue d'agir dans l'impartialité afin de pouvoir accéder aux populations qui sont dans le besoin. Toutefois, je me questionne sur leur silence. En ce sens que s'ils ne dénoncent pas, ça peut sembler moins neutre...ne dit-on pas «qui ne dit mot, consent». Il ne faut surtout pas qu'ils prennent parti pour un ou l'autre, mais je crois qu'il faut pouvoir ensuite témoigner et dénoncer les atrocités auxquelles les populations font face. Par ailleurs, je ne crois pas à la neutralité de l'ONU, même s'ils ne tirent pas...juste le fait qu'on occupe un pays, même si c'est avec consentement, m'amène déjà à dire qu'on a pris position. Peut-on prendre position et rester neutre et impartial ?

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  3. N'as-tu pas lu le document sur le CIRC? Dénoncer les camps de concentration nazis revient à condamner les politiques d'Hitler, ce qui revient inévitablement à se mêler de politique et donc, de prendre parti. Tel que je l'ai mentionné dans mon commentaire précédent, il ne s'agit pas ici, tel que tu le crois, d'une neutralité qui consent aux atrocités, mais plutôt d'une neutralité politique et conflictuelle. La mission du CICR est de réagir aux besoins urgents en cas de conflits armés ou de catastrophes naturelles, SOUS MANDAT DES ÉTATS. Pas autre chose.
    Quant à l'ONU, évidemment qu'elle n'est pas neutre. Controlée essentiellement par des pays occidentaux, les décisions qui sont prises le sont d'abord pour servir les intérêts des États composant le conseil de sécurité, particulièrement ceux des membres permanents. Je crois que l'impartialité de l'ONU doit se remarquer sur le terrain plutôt que dans les hautes sphères diplomatiques. Par contre, si ce sont deux pays en conflit qui demande qu'un contigent de Casques bleus les supportent dans leurs tentatives de règlement des différends, je ne crois pas qu'il y ait là quelconque marque de partialité. Il s'agit dès lors d'une mission de maintien de la paix tout ce qu'il y a de plus traditionnelle.

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  4. Je n'ai pas lu le document du CICR et je constate que je me suis mal exprimée. Je sais bien que le CICR ne consent pas aux atrocités ni ne les cautionne. Je sais aussi qu'ils font un excellent boulot sur le terrain. Je les ai vus faire. Ce que je déplore, et je sais que je suis en contradiction, est leur trop grande neutralité. Ça a l'air paradoxal de dire cela mais je crois qu'il faut pouvoir témoigner ensuite de ce qu'on a vu afin que le monde entier sache ce qui se passe. Si les victimes n'ont pas la chance de s'exprimer, s'il n'y a personne qui peut leur donner la parole et si les donateurs ne savent pas ce qui arrive ailleurs, comment pourrons-nous nous y prendre pour "faire cesser" le feu, les guerres, les épidémies. Je m'égare, je le sais. Ici, c'est mon expérience de missionniare MSF qui teinte mes propos. Si je m'en tiens seulement au rôle du CICR, à la théorie et les bases de la neutralité, tu as parfaitement raison et j'endosse ce que tu dis. Restons-en au cours...

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  5. Avant de voir le cas de la CICR, prenons un moment pour discuter de ladite neutralité de l'ONU et des missions de paix.

    Essentiellement, si l'ONU se prétend neutre et tient à ce que les missions de paix se montrent impartiales, c'est essentiellement afin de ne pas se mettre à dos des États et de ne pas subir le même sort que la SDN. À défaut de ne pas imposer un leadership exemplaire, l'ONU joue la carte du parfait diplomate qui joue derrière les rideaux et qui se faufile afin de ne pas être accusé de favoritisme.
    Prenons l'exemple du Rwanda. Si on simplifie la problématique, on peut dire que ce sont les forces du gouvernement qui ont occasionné le massacre des Tutsi, tandis que des forces rebelles (le Front patriotique rwandais), composées majoritairement de Tutsi, s'y sont opposés. L'ONU se trouvait donc dans une situation particulière : si elle avait permis aux forces sous son commandement d'utiliser la force afin de contrer les autorités Hutu et de mettre fin au génocide plus tôt, elle aurait elle-même brimé des articles fondamentaux de la Charte en faisant de l'ingérence dans les affaires d'un État, en ne reconnaissant donc pas sa pleine légitimité souveraine et en agissant directement à l'encontre d'un de ses États-membres. Elle aurait également été du côté des force rebelles, contre un gouvernement officiel, ce qui aurait potentiellement ouvert d’éventuels problèmes avec des États qui résistent à des mouvements patriotiques. La situation était d'autant plus problématique que le Rwanda siégeait temporairement au Conseil de sécurité à cette époque. L'ONU aurait alors créé un précédent important, ce qui aurait réduit la confiance de certains États envers la prétendue impartialité de l'ONU, et l'organisation aurait risqué le même sort que la SDN.

    Or, en intervenant, l'ONU aurait été officiellement aux côtés du FPR... Et advenant que le FPR, après avoir défait les forces officielles Hutu, s'était mis à imposer son autorité, voire à se venger envers les Hutu, l’ONU aurait été dans l’embarras. Étant donné la complexité de certains problèmes, l'ONU doit éviter de prendre parti, sans quoi elle pourrait potentiellement perdre tous ses alliés dans un conflit et n’avoir que des ennemis, ce qui éliminerait toutes ses chances de régler les conflits. Voilà quelques raisons pour lesquelles l'ONU doit prétendre à la neutralité. Mais est-elle réellement neutre ? Impossible. Reprenons l'exemple du Rwanda : plusieurs États se positionnaient contre l'idée d'intervenir et de mettre fin au massacre pour des raisons égoïstes. Par exemple, on évoquait qu'il n'y avait trop de risques et trop peu d'avantages à rétablir l'ordre et la paix dans cette région. Ainsi, peu importe si des centaines de milliers d'Africains sont tués... Les représentants des États membres défendent les intérêts de leurs supérieurs. Ce sont ces intérêts qui fondent les résolutions de l'ONU, et non l'altruisme pur ou l'idéalisme.

    Tout cela pour en venir à cette idée : malgré sa prétendue neutralité, l'ONU défend des intérêt et n'est pas impartiale. Ainsi, comment la CICR pourrait-elle l'être ? Elle représente, tout comme l'ONU, des intérêts non neutres. En intervenant au cours d'un conflit, la CICR prend position par défaut contre ceux qui ont instigué le conflit (la plupart du temps, sinon elle appuie les puissances occidentales à cause des valeurs promues). On pourra objecter que la CICR porte assistance à tous, mais cela ne veut rien dire ; il ne s'agit ici, comme dans le cas de l'ONU, que d'une stratégie diplomatique lui permettant de continuer son travail en minimisant le danger envers les membres de l'organisation, en évitant de se faire des ennemis et en assurant la coopération continue des alliés de l'organisation.

    Ce n'est que du jeu diplomatique. Peu importe les prétentions officielles, leur neutralité est inexistante.

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  6. Effectivement, Chantal, d'un point de vue humain, je suis a 100% de ton avis!! :)

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