Plus que jamais, l'attention du monde est tournée vers l'Afrique du Nord. Après la révolution du jasmin en Tunisie, voilà que depuis maintenant une semaine l'Égypte réclame haut et fort la démission du président Hosni Moubarak et, par le fait même, une réforme démocratique du système politique. Sous le régime totalitaire perdurent depuis trois décennies la pauvreté, un taux de chômage élevé, une justice aléatoire, de mauvaises écoles et des salaires bas.
Dans le cadre des affrontements qui ont aussi lieu en Tunisie, je crois qu'il est pertinent de noter les points qui diffèrent quant au conflit égyptien. D'abord, l'Égypte est considéré comme un État stratégique dans la stabilisation du Moyen-Orient puisqu'il est l'un des rares pays islamiques à avoir conclu des accords de paix avec Israel.
De plus, étant le pays le plus populeux et possédant la plus grande richesse culturelle, il y a fort à parier qu'une éventuelle réussite du renversement du gouvernement aura un effet boule de neige sur tout les autres pays de la région. Le mouvement islamique des Frères Musulmans est aussi très bien implanté au sein de la société civile, et représente dès lors une menace tangible pour les Occidentaux advenant la tenue d'élections. Une autre différence notable: une dictature n'est solide que si son armée l'est aussi. Or, l'armée de Moubarak est beaucoup plus loyale que l'a été celle de Ben Ali. Finalement, les Égyptiens ont déjà un plan pour l'après-Moubarak; un nouveau président de transition en la personne du Prix nobel de la paix Mohamad ElBaradei.
Parlons maintenant de la position délicate dans laquelle se trouve les États-Unis en ce moment. Une puissance hégémonique telle que ce pays, démocratique qui plus est, n'a d'autre choix que de supporter le mouvement actuel, qui prend de plus en plus d'ampleur. On est donc témoin des efforts états-uniens pour défendre les droits de l'Homme en qualifiant de violations à la liberté d'expression les coupures téléphoniques et les réseaux internet, l'interdiction de diffusion du poste satellite Al-Jazeera, et en dénonçant les violentes mesures répressives utilisées par Moubarak. La charte des droits et libertés défend le droit de manifester pacifiquement, mais avec au moins 125 morts en 6 jours, il est évident que ce droit n'a pas été respecté. Or, il se trouve que l'Égypte est le deuxième pays recevant le plus d'aide financière de la part des États-Unis, le premier étant Israel. Comme l'Égypte est le plus grand allié arabe des États-Unis, ce dernier a tout intérêt à le conserver de son côté, et ce malgré son régime totalitariste. C'est la raison pour laquelle les États-Unis finance secrètement les mouvements démocratiques de la société civile égyptienne. Personne n'avait prévu un quelconque soulèvement sous Moubarak. Les États-Unis ne sont donc pas prêt à voir se renverser le gouvernement ami actuel. Car si une élection populaire est déclanché, il est pratiquement certain qu'un gouvernement islamiste anti-américain sera élu, ce qui sera la pire chose pour les États-Unis. Mieux vaut une dictature qu'un gouvernement contre eux! De plus, si ce type de gouvernement est élu, il est certain que les accords avec Israel seront brisés, ce qui placera ce dernier (et les États-Unis, par la même occasion!) dans une position extrêmement délicate et précaire, entouré comme il est de pays islamiques hostiles à leurs politiques contre la Palestine. La crainte d'un vide politique pourrait également être comblé par un gouvernement islamiste. Au final, les diplomates états-uniens tentent par tous les moyens de donner leur opinion sur la situation sans nécessairement pointer du doigt qui que ce soit. Ainsi, on apprenait, selon madame Clinton, que l'Égypte en ce moment était ''stable''(!), mais que Moubarak avait nommé un nouveau vice-président et premier ministre, tous deux issus du milieu militaire (sans doute pour insuffler un peu plus de force dans son gouvernement). Il y a aussi une proposition de conserver Moubarak à la tête du gouvernement de transition jusqu'en septembre, et qu'en échange celui-ci ne se représenterait pas aux élections. Les États-Unis achètent du temps. Mais la population en a marre. Elle veut du changement, du vrai!
Le Canada, la France, la Gande-Betagne et l'Allemagne exhortent l'administration Moubarak à accéder aux revendications démocratiques et surtout, de cesser toutes formes de violence et de répressions des droits et libertés. Tous, États-Unis compris, s'entendent pour respecter le principe de souveraineté des États.
En Jordanie, le roi a nommé un nouveau premier ministre, ce qui n'a pas du tout calmé la population, en désaccord avec le choix. Le chef yéménite a du faire des concessions afin d'éviter une manifestation à l'image de l'Égypte et de la Tunisie. En Syrie, environ 8000 contestataires ont demandé une manifestation sur Facebook. Les accès ont déjà été coupés. Israel en veut aux États-Unis de ne pas avoir soutenu Moubarak alors que la chancelière allemande a déclaré : «vous ne pouvez pas diviser vos principes et dire qu'ils s'appliquent dans certains pays et pas du tout dans d'autres». En Algérie, la population est échaudée et les manifestations s'organisent.
L'influence égyptienne se fait rapidement sentir.....