mardi 12 avril 2011

Succès du Secrétaire général en Côte d’Ivoire ?

Les forces républicaines de Ouattara ont entrepris de conquérir le pouvoir que le président sortant, Laurent Gbagbo, refusait de leur remettre. La guerre civile en Côte d’Ivoire était en marche. Le Secrétaire général des Nations Unies, devant le péril menaçant les populations civiles, écrit au Président français pour lui demander que les forces françaises de l’opération Licorne, basée à Abidjan, fournissent à l’ONUCI le soutien nécessaire à la réalisation de ses opérations.[1] Alors, la France accepte de soutenir les opérations de l’ONUCI dont la résolution 1975 : « autorise l’emploi de tous les moyens nécessaires pour empêcher l’utilisation d’armes lourdes contre la population civile en Cote d’Ivoire »[2].

L’agence Reuters rapporte que : « French and UN helicopters attacked heavy weapons of troops loyal to Ivory Coast incumbent president Laurent Gbagbo on Sunday. »[3] En accord avec la mission de l’ONUCI, le porte-parole de l'ONU déclare que : « We are pursuing our operation to neutralize Gbagbo’s heavy weapons.»[4] Au terme de l’opération militaire conjointe de la France et de l’ONUCI, les forces de l’armée républicaine ont pénétré le palais présidentiel et procédé à l’arrestation de Laurent Gbagbo et de ses proches.

Le ministre français des Affaires extérieures, Alain Jupé, a déclaré aux médias : « On ne peut se le cacher, l’objectif politique est le départ de Laurent Gbagbo »[5]. Le gouvernement français a interprété la résolution 1975 du Conseil de sécurité des Nations Unies au sens large ; neutraliser les armes lourdes du camp Gbagbo équivalait à la mise hors d’état de nuire de Laurent Gbagbo.

Toutefois, certains, en France et en Afrique, accusent la France d’avoir outrepassé la résolution 1975 du Conseil de sécurité et qualifient l’action française de néocolonialisme. En réponse à ces déclarations, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Jupé, affirme que : « la France intervient à la demande des Nations Unies pour faire respecter la démocratie ». La ligne officielle de la France est participation sans ingérence.[6]

La crise gouvernementale en Côte d’Ivoire est réglée, la réconciliation des différentes factions reste à faire.

Il est intéressant de noter que l’initiative spontanée du Secrétaire général des Nations Unies a été à l’origine de la résolution de ce conflit. Se pose la question à savoir si cette initiative fructueuse du Secrétaire général va faire école dans le futur ?



[1] TV5, TV5 le jounal, 11 avril 2011.

[2] Conseil de sécurité des Nations Unies, Résolution 1975, 30 mars 2011.

[3] Aboa, Ange et Loucoumane Coulibaly, Reuter, « UN, France attack Gbagbo residence

Ivory Coast; Ouattara requests international aid », The Gazette, 11 avril 2011, p. A11.

[4] Aboa, Ange et Loucoumane Coulibaly, Reuter, « UN, France attack Gbagbo residence Ivory Coast; Ouattara requests international aid », The Gazette, 11 avril 2011, p. A11.

[5] TV5, TV5 le jounal, 11 avril 2011.

[6] TV5, TV5 le jounal, 11 avril 2011.

1 commentaire:

  1. Le Secrétaire général a un soft-power intéressant qui lui permet de prendre certaines initiatives et, particulièrement, de stimuler les discussions du Conseil de sécurité sur les sujets qu'il croit les plus opportuns. Or, il n'a que très peu de pouvoir décisionnel et, souvent, les membres du Conseil de sécurité vient tout ralentir à cause des conflits d'intérêts. Il ne faut pas donner un pouvoir absolu au Secrétaire général, certes, car cela impliquerait de graves risques. Cependant, je crois qu'il serait avantageux d'accorder un pouvoir plus grand au Secrétaire général afin d'augmenter sa crédibilité et la rapidité d'action de l'ONU. De cette manière, on pourrait en outre augmenter la rapidité de prise de décision et l'efficacité des missions de paix.

    Il faut néanmoins se souvenir des propos de certains auteurs dans le recueil de textes. Certains d’entre eux affirmaient que les interventions de l’ONU doivent autant que possible fonder leur légitimité en appuyant une administration locale. D’autres affirmaient que des missions de paix peuvent parfois être perçues par les populations locales comme une forme de néocolonialisme. Or, si les missions de l’ONU étaient directement tributaires du bon jugement et des décisions du Secrétaire général, ces missions risquent d’être encore plus perçues comme du néocolonialisme, mais cette fois sous la forme de l’ingérence d’un nouvel empire mondial dont le Secrétaire général serait le « despote ». Il faut donc repenser le rôle du Secrétaire général afin d’améliorer sa capacité d’action, mais simultanément trouver le moyen d’éviter qu’on le perçoive comme un nouvel « empereur ». Il faut trouver un juste milieu pour avoir une ONU plus efficace.

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