Seize pays européens et du Moyen-Orient, en plus des Nations Unies, de la Ligue arabe et de l’Union africaine s’étaient réunis, il y a quelques jours, au Qatar, pour discuter de la suite à donner à l’intervention internationale en Lybie. La déclaration finale de la réunion affirmait, tel que le rapporte l’agence Reuters : « Gadhafi and his regime has lost all legitimacy and he must leave power allowing the Lybian people to determine their future. » La déclaration affirmait aussi que le Conseil national des rebelles est l’interlocuteur légitime et que du support matériel leur serait accordé. En plus, le Premier ministre qatari a spécifié que le matériel pourrait inclure de l’équipement de défense.[1]
Le droit d’ingérence développé pour répondre aux urgences humanitaires est-il en train de s’étendre pour protéger aussi la volonté démocratique des peuples ?
[1] Croft, Adrian et Maria Golovnina (Reuters). « Gadhafi must go, allies agree », The Gazette, 14 avril 2011, p. A19.
« Dans le cadre des opérations de l’ONU, l’impartialité doit par conséquent signifier l’adhésion aux principes de la Charte : lorsqu’une partie à un accord de paix en viole les clauses de façon claire et irréfragable, le fait pour l’ONU de continuer à accorder le même traitement à toutes les parties risque, aux mieux, de compromettre l’efficacité de l’Organisation, et, au pire, de la rendre complice du crime. Rien n’a été plus préjudiciable à la réputation et à la crédibilité de l’ONU en matière de maintien de la paix au fil des années 1990 que sa réticence à distinguer entre la victime et son agresseur. »
RépondreSupprimerCes propos proviennent du rapport Brahimi, qui se penchait sur les raisons de l’inefficacité des missions de paix au cours des années 1990. Si l’ONU continue à prêcher les principes sacrés de la diplomatie moderne que sont le respect de la souveraineté étatique et la non-ingérence, nous risquons de répéter encore et encore les mêmes erreurs qui furent commises auparavant lorsque les forces de l’État étaient elles-mêmes responsables des crimes humanitaires. Le rapport Brahimi suggérait par conséquent de mettre de côté certains principes diplomatiques lorsque nécessaire afin d’accélérer les procédures menant à l’intervention.
Je suis d’accord avec l’idée d’une diplomatie plus agressive et prône à l’ingérence mais, le problème, c’est que l’ONU n’est pas une organisation supranationale à laquelle les États doivent allégeance et qui possède une armée internationale à son service. Au contraire, elle n’est qu’une marionnette qui doit faire attention de ne pas trop être agressive...
Je ne crois pas que nous puissions soutenir que le droit d'ingérence est en train de s'étendre à la protection des volontés d'affirmation démocratique des peuples. Les événements s'étant produits en Égypte et en Tunisie en début d'année ont démontré une absence d'intervention étrangère dans le processus de renversement de régime autoritaire au profit d'une possible démocratisation.
RépondreSupprimerNéanmoins, ces deux exemples ne se compare pas au cas libyen, en ce qui concerne le niveau de violence dont à fait preuve Kadhafi dans la répression qu'il a exercé jusqu'à présent sur les dissidents à son régime. C'est cette violence qui justifie l'intervention de l'OTAN au premier chef, et non pas la prétention de vouloir protéger les aspirations démocratiques de la population libyenne.
Il est aussi intéressant de rappeler que, dans la dernière décennie, une intervention comme celle des États-Unis en Irak a, en partie, tenté de tirer sa légitimité en prétendant permettre à une population d'accéder à la démocratie. Il faut donc être prudent face à ce type de discours. Toutefois, les développements à venir au Moyen-Orient vont peut être donner lieu à des événements allant dans le ce sens de cette extension du droit d'ingérence.